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Les 10 albums orientaux qu'il faut écouter

Les troubadours des XIIe et XIIIe siècles colportaient volontiers, en langue d’oc, une parole satirique et contestataire contenue dans une forme poétique particulière, le sirventés. L’âme gourmande et libertaire du chanteur occitan Manu Théron ne pouvait qu’y trouver de quoi s’abreuver longuement. Dans ces Chants fougueux des pays d’oc, les mélodies originales des poèmes sont respectées mais le oud et les percussions de Grégory Dargent et Youssef Hbeisch leur inventent un arrière-plan oriental. Sans rien avoir d’incongru, cet accompagnement drape le chant de Théron d’une rude sobriété toute médiévale. 

Louis Julien Nicolaou

Sirventés

Présent dès les premiers balbutiements du Trobar (la poésie des troubadours), le sirventés est de style contestataire : il décrit sans ménagement les violences de son siècle, la stupidité des puissants et la fugacité des sentiments humains. Au cliché réduisant le troubadour à un amant éploré réfugié dans sa tour d’ivoire, le sirventés oppose l’image d’un poète-musicien qui brocarde les princes, moque l’Eglise, pris avec ses contemporains dans les tourments et la guerre. 

Les trois musiciens ont choisi de respecter, en les développant ou en s’en inspirant, les mélodies originales, consignées à la fin du XIIIème siècles par les  derniers troubadours. Ils mettent à profit leurs expériences respectives, accumulées lors de rapprochements - utopiques ou avérés - entre les musiques orientales et occidentales, populaires et savantes, anciennes et contemporaines, pour explorer toutes les potentialités de la monodie occitane médiévale. Coutumiers de la digression et de l’improvisation, ils proposent aussi une réponse courtoise, immodérée et surtout inattendue à ceux qui savent, comme nos troubadours, ce que la musique et la poésie peuvent pour atténuer l’absurdité du monde.

Manu Théron - chant

Gregory Dargent - oud, direction musicale

Youssef Hbesich / Etienne Gruel - percussions

un disque Accords Croisés  (dist Harmonia Mundi)